mercredi 16 novembre 2011

Je m'ennuie déjà Sophie







"S'il fait froid et qu'il menace de pleuvoir, n'hésite pas à être un peu longue. Ne parle que de moi, même pour dire du mal. Les autres n'ont qu'à attendre leur tour. Et si tu veux être un peu tragique, c'est le jour. Il ne faut pas qu'ils croient être là seulement pour rigoler."

L'installation, dans le sous-sol en ruines du Palais de Tokyo, met en scène, décortique, le décès de la mère de Sophie Calle dans une cérémonie funèbre aigre-douce, pendant laquelle des images en noir et blanc de tombes grandeur nature, une liste des objets déposés dans la tombe de sa mère, des récits détaillés (du transport de ses cendres), des listes de malades gravées sur la stèle, et surtout, la vidéo des derniers instants de sa vie, avec parfois la musique de Mozart à l'appui, rappellent par leur densité, leur accumulation, l'absence du corps. 

''Elle s'est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu'on parle d'elle. Sa vie n'apparaît pas dans mon travail. Ça l'agaçait. Quand j'ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu'elle n'expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s'est exclamée : "Enfin".
Elle a dit aussi, et la phrase est disséminée partout dans la salle sur des supports divers, ''ne vous faites pas souci'', et puis '' je m'ennuie déjà''.

Devant ces images mouvantes de la mort qui prend place, ce corps dont on espère toujours une respiration de plus, j'étais restée figée, immobilisée par le même besoin de retenir - pour l'accepter à défaut de le comprendre - cette infime fragilité - est-ce la couleur de la peau, un subtile frémissement du corps, la prescience d'un souffle? -, cette infime trace de vie qui, la seconde d'après, n'est plus. 

Mon père, l'hôpital l'avait fait ressusciter à coups de pinceaux et de poudre de starlette de plateau, et pendant que je le regardais, dans cette horrible salle carrée tellement inhospitalière qu'on sent bien qu'il serait déplacé d'installer des chaises, d'ouvrir la porte, d'inviter les passants d'un mouvement large du bras, de toucher le mort, alors qu'on en meurt d'envie, je me demandais s'ils n'avaient pas été jusqu'à le regonfler, oui, comme un matelas pneumatique avec une pompe à vélo, et quelle matière circulait alors dans ce corps, parce que ça avait vraiment l'air de circuler, et pourquoi, s'ils l'avaient tué pour qu'il ne souffre pas, le ressusciter. Et j'étais bien contente de ne pas m'être laissée convaincre d'attendre ''qu'il soit prêt'', dans la chambre d'hôpital, et d'avoir osé le regarder en face à ce moment-là, - prêt pour quoi? -, mais non, je ne supportais pas qu'on ait pu le ressusciter, une heure plus tard, mais sans lui à l'intérieur, juste pour nous, pour que nous, on fasse comme si la mort n'existait pas. 

Dans l'installation de Sophie Calle, j'ai pu m'assoir en tailleur, et voir la peau passer du rose au vert.

Entrevue: '' My husband too, Greg Shephard – instead of looking back on a catastrophic year, I focus on the film we made together. So yes, it changes everything once you created something with them, or via them. It removes the bitterness from the memories.''

DD: So do you need to be heartbroken to create?''

Sources: lucileee.blog.lemonde.fr , les inrocks

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