jeudi 8 décembre 2011

Ce qui a totalement disparu, et ressurgit pourtant, Hadjithomas et Joreige




Troisième volet du projet Wonder Beirut

«Joana Hadjithomas et Khalil Joreige travaillent sur la latence, sur l'impact des événements passés sur le présent. La mémoire comme bombe à retardement.»

Comment parler de ce qui a totalement disparu? Ce qui a totalement disparu et pourtant continue de nous hanter au présent? Comment rendre compte de la matérialité de ces absences? Et non restituer un récit d'historien sur une période, une personne appartenant au passé? Pour leur faire dire quoi? Ce sont les quelques questions que soulèvent cette oeuvre en utilisant le livre comme lieu physique d'une mémoire perdue, celle de la guerre civile au Liban qui a fait 150 000 personnes mortes et les 17 000 disparues sans laisser de traces.

Le premier volet présentait une série de 24 cartes postales réalisées à partir de photographies d'Abdallah Farah (un personnage inventé par les artistes) et brulées par lui-même pendant les guerres libanaises. Les «Images latentes» constituaient le second volet. Abdallah Farah avait pris l'habitude, pendant la guerre, de ne pas développer ses photographies. Il lui suffisait de les prendre. Les bobines s'accumulaient «à l'état de films latents».

Le troisième volet, le livre « Images Latentes – Journal d’un photographe », est composé de 1312 pages en tirage limité (2 éditions, une française et une anglaise, de 75 exemplaires numérotés et signés) et clôt la fiction autour du personnage d'Abdallah Farah. Chaque photographie latente est décrite par de courts fragments textuels. Une photographie originale de la pellicule non-développée figure à la tête de chaque chapitre. Certains cahiers sont maintenus fermés et ne permettent pas la lecture. Les premières pages offrent une reproduction de lettres que les artistes auraient échangées avec Abdallah Farah.

Dans un compte rendu d'exposition paru dans le Voir, Nicolas Mavrikakis comprend l'oeuvre du couple comme la transformation du souvenir en maladie, qui s'infiltrerait en nous, et dans l'espace présent, pour faire des dégâts. Et termine ainsi: « Ce n’est pas une expo sur la ruine, sur un héritage lointain du romantisme. Le temps ici n’a pas vraiment le fragment comme trace, comme incarnation, comme stimulus. Cela est pire. Cette expo parle plutôt du pouvoir de ce qui a totalement disparu et qui néanmoins ressurgit comme affect

Source: Voir, Rosascape, 50jpg

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