vendredi 20 juin 2014

Combler l'image, Christian Boltanski

Ces deux livres d'artiste de Boltanski sont construits de la même manière: livret composé de photocopies de photographies en noir et blanc accompagnées d'un court paragraphe les décrivant. On sent (ou l'on construit) une trame narrative. Pourtant, la relation qu'entretient le texte et l'image est si différente dans les deux livres que le texte remplit le sens de l'image de manière presque opposée. 




Tout ce que je sais d'une femme qui est morte et que je n'ai pas connue (1970) rassemble des photographies anonymes données à Boltanski par l'artiste Luis Caballero. Boltanski les décrit minutieusement comme s'il essayait de prendre la place de la photographie. L'impression de neutralité qui émane du texte est proche du formalisme du Nouveau Roman.



Dans L'Appartement de la rue de Vaugirard (1973), Boltanski semble également décrire méthodiquement les images pour en déduire quelques interprétations. Mais il décrit des scènes qui n'existent plus: il imagine la vie magnifique qui a eu lieu dans les pièces d'un appartement à présent vide. Comme sous la photographie ci-dessous d'un salon vide avec une cheminée condamnée: «Un bon feu brûle dans la cheminée. Assis dans un fauteuil confortable recouvert de velours vert, un homme lit son journal. Sur le mur près de la fenêtre sont accrochées des aquarelles représentant des vues du port de La Rochelle.» Et sur la page de droite: « La table est mise dans la salle à manger. On doit attendre des invités. Des verres à pied, des assiettes blanches à liserons bleus, ainsi qu'un bouquet de fleurs posé sur la cheminée montrent qu'un soin particulier a été accordé au décor.» Alors que le texte semble décrire avec la plus grand neutralité la photographie, le fait qu'il évoque une scène absente remplit l'image de spectres et de mélancolie.





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